Conseils pour l’achat ou la restauration d’un Oldtimer

Articles parus dans le magazine du club Quadrifoglio Belgio

La restauration carrosserie

Cet article va vous guider parmi les étapes de restauration d’une carrosserie Alfa Romeo type 105/115 comme la Giulia berline, coupé ou spider. Cependant les principes, les méthodes et procédés expliqués ci-dessous restent valables pour n’importe quelle autre modèle voir autre marque de voiture.

Quelque soit la grandeur de la surface à repeindre, du plus petit coups à débosseler jusqu’à la restauration complete, les étapes sont toujours les mêmes mais avec un temps et un coût qui variant en function des situations, à savoir :

  • analyse des dégats
  • démontage
  • nettoyage, décapage
  • mise au banc de redressage
  • tôlerie
  • préparation
  • peinture
  • finition et remontage

 

Analyse des dégats

Outre l’aspect général de la voiture, voici quelques points à controller pour ne pas se trouver devant une montagne de problèmes et estimer votre engagement par rapport à vos disponibilté et capacités financières:

  • Vérifier les planchers, enlevez ou soulevez les tapis de sol. Les dégats sont plus visibles de l’intérieur et ont pu être camouflés par des couches de goudrons/anti-gravillon ou encore tout matériaux comme du polyester, goudron, platre etc… Vérifiez particulièrement les quatre coins où sont logés les attaches de criques;
  • Utilisez un aimant faible utilisés pour fixer les pense-bêtes sur un frigo par exemple. Placez le sur la carrosserie un peu partout : si il tient, la couche est correcte en épaisseur. Si il ne tient pas, la couche est trop épaisse donc probablement une mauvaise réparation qu’il faudra reprendre. En même temps, vérifiez toutes boursouflures qui cachent à coup sûr de la rouille perforante.

Figure 1 : exemple d’attaque de la rouille sous la peinture, voir les “pattes d’arraignée”

Détails de la photo 1

Détail avant mise à nu de la tôle, ca n’a pas l’air trop grave

… et pourtant, la rouille a bien attaqué la tôle et parfois de manière invisible. On voit nettement les pattes d’arraignée

 

Figure 2 : rouille perforante

Figure 3 : exemple de craquelure causée par excès d’enduit

Figure 4 : exemple de bord mal aligné par excès d’enduit ou mauvaise reparation (double tôle)

On appelle rouille perforante toute attaque qui provient de l’intérieur, traverse la tôle au point de soulever la peinture. Ce type de corrosion peut cacher de graves dégats.

  • Vérifiez tous les alignements des ouvrants : portes, capot avant et malle arrière. Ils doivent être alignés et sans dépassements. Les jours doivent être homogènes sur tout le pourtour. Ils ne doivent pas nécessairement respecter les normes actuelles mais être au minimum identiques.

Cette vérification vous permettra de voir si la voiture a été accidentée et si elle a été réparée correctement. A ce stade, tout pli anormal dans la baie moteur, dans le coffre arrière est un signe évident d’un choc ou d’une mauvaise réparation. Dans ce cas, il est impératif de vérifier les dimensions de la voiture (voir mise au marbre).

  • Il vaut mieux acheter une voiture “dans son jus” et non repeinte. Une peinture neuve est souvent signe de réparations rapides pour présenter une belle voiture sans plus sauf si un dossier de restauration détaillé peut vous être montré.
  • Il est très dangereux de reprendre une voiture en cours de restauration,rien ne vous garanti que toutes les pièces et accessoires sont complets. De plus, n’ayant pas démonté la voiture, il est plus difficile de la remonter correctement.

Si vous possédez déjà une voiture, les points ci-dessus vous donneront une bonne base de discussion et de décision.

N’oubliez pas que le travail sur une voiture estimée à quelques euros est aussi important que celui fait sur une voiture qui en vaut des centaines de milliers. La remise en état d’une carrosserie ne coutera pas moins cher pour une Alfa Sud que pour un Spider 750/101 si ce n’est la rareté de retrouver des éléments de carrosserie.

 

Démontage

Suivant les travaux à effectuer, il faut démonter tout accessoire qui peut entraver la bonne exécution ou permettre un accès plus facile.

Par exemple, si il faut travailler une face avant, il faut démonter les pare-chocs, la calandre, les phares. Si il faut travailler un bas de caisse, un bas d’aile, il est préferable de l’ouvrir pour vérifier les parties cachées souvent dans le même état.

Figure 5 : exemple de ce qui peut se trouver sous un bas d’aile, on peut voir une double tôle pour le bas d’aile, la rouille a progressé.

A ce stade, il faut beaucoup de patience pour ne pas abimer les pièces surtout si elles sont introuvables. Il faut également faire la liste des pièces à remplacer et vérifier si on peut les trouver en ‘origine’, refabriquées ou en occasion.

En règle générale, on retrouve assez facilement des pièces mécaniques voir des morceaux de tôles dites de ‘réparation’ mais pas les accessoires d’origine comme les clignotants y compris les répétiteurs, des poignées de portes, les composants d’un tableau de bord, etc …

Il faut utiliser beaucoup de dégrippant et nettoyer les filets des écrous/vis, laisser agir plusieurs jours, chauffer si c’est possible, remettre encore du dégrippant si la pièce ne se démonte pas. On recommence ce processus tant que nécessaire et même comme ca il arrivera que celle-ci casse parce que devenue trop fragile avec le temps (surtout le plastique).

 

Nettoyage, décapage

Suivant l’importance des travaux à faire, une phase de nettoyage/décapage est nécessaire dans la mesure où il faut retourner à la tôle nue :

  • Poncer la zone à travailler en dégageant suffisamment de surface. Valable pour de petites surfaces.
  • Décaper la couleur pour aussi éliminer les anciennes peintures au moyen d’un décapeur thermique, par poncage, décapeur chimique. A faire si il existe des craquelures, des boursouflures suspectes.
  • Sabler si il y a beaucoup de recoins inaccessibles par poncage. C’est un moyen très efficace pour enlever toute traces de peinture, enduit. Le sablage ne peut cependant nettoyer les corps creux (bas de caisse, montant de portes,etc…) mais va pourtant pénétrer ces endroits cachés et difficiles à éliminer par la suite. Une des solutions consiste à ouvrir tous les endroits cachés.

Le sablage peut se faire à prix raisonnable soit par des ateliers specialisés soit par vous même. Un forfait est demandé pour la mise en route de la cabine et ensuite chaque sac de sable supplèmentaire est facturé. Un traitement complet d’une voiture revient aux environs de 1000E.

Il comporte un risque de déformation des tôles par échauffement si le grain du sable est trop agressif ou appliqué sous une pression d’air trop importante.

  • Décapage par bain d’acide est realisé uniquement par des ateliers specialisés et dans ce cas, la voiture doit être complètement démontée, il ne peut plus rien rester, tout est attaqué par l’acide.

Ce procédé bien que très cher (compter un minimum de 1500E) garanti un décapage complet y compris dans tous les corps creux. Suivant les bains d’acide, toutes traces de peintures et enduits sont éliminés mais la rouille peut également être éliminée. Il faut un dernier bain de rincage pour stopper l’action des acides.

  • Décapage par cuisson. Tout aussi radicale que le bain d’acide, la méthode consiste à placer la voiture dans un four et la chauffer pour cuire toutes traces de peinture et résidus. Bien que rarement vue, je ne conseille pas trop cette solution , on ne peut éliminer la rouille et les déformations risqent d’être permanentes.

Il est impératif de traiter la voiture immédiatement après les trois dernières opérations décrites plus haut, la tôle mise à nu va rouiller en moins de quelques heures. On applique alors un anti-rouille avant de faire quoique ce soit.

A part pour le bain d’acide et la cuisson, il n’est pas rare d’utiliser plusieurs des 3 premières méthodes pour un meilleur résultat.

 

Mise au banc de redressage

Cette opération n’est nécessaire que si la voiture a subi un choc important, un accident. Elle consiste à placer la voiture sur un marbre, la maintenir dans la bonne position et la redresser, remettre d’équerre la coque de la voiture grâce à des vérins hydrauliques et des piges calibrées qui doivent retomber dans les endroits prévus à cette effet (ancrage de suspensions entre-autres).

Cette opération est très honéreuse et ne sera faite que pour des voitures d’exception ou rare qui le méritent. Dans les autres cas, il est parfois plus rentable de partir sur une autre base et de combiner 2 voitures pour un meilleur résultat.

Une des marques les plus connues est “Celette” d’où le nom que l’on donne souvent au marbre.

Figure 6 : Modèle de marbre Celette

Tôlerie

Cette partie englobe toute opération de rectification, remplacement ou fabrication des tôles qui forment la coque de la voiture.

Soit on peut retrouver des pieces d’origine (old new stock), soit refabriquées ou refaites par un tôlier, le but est ici de réparer toutes traces de rouille, de coups, de remplacer des éléments trop abimés.

Les voitures actuelles ont toutes des éléments boulonnés, on peut les enlever et les remplacer par des nouveaux. Les voitures de cette époque sont faites différemment et principalement soudées. Il faut donc couper au bon endroit, positioner le nouvel élément et le souder.

Pour voir un exemple complet, voici un lien qui vous montrera toutes les étapes pour replacer les 2 ailes et la face avant d’un Bertone 1750GTV

http://www.duvy.org/4072/1750gtv-montage-ailes-et-face-avant/

Dans le cas où seule une partie doit être refaite sans possibilté d’avoir une tôle de réparation, il faut reconstituer les gabaris en partant d’une tôle plate. En general, on réalise un modèle en carton et on travaille étape par étape. Chaque morceau est assemblé pour reconstituer l’élément manquant (principe de la mécano-soudure)

Il est important de vérifier si tous les accessoires comme la calandre, les phares, les pare-chocs, etc … pourront se monter sans problèmes. Avant de poursuivre, il faut vérifier que les phares entrent à la bonne place ou que le pare-choc se positionne bien. Il est possible, à ce stade, d’ajuster les éléments.

Figure 7 : Positionnement des phares et calandre

Voir auusi : http://www.duvy.org/27/reparation-fenetre-arriere/

Si possible, il faut souder bord à bord afin de :

  • Ne pas avoir de surépaisseurs qu’il faudra mastiquer (voir figure : 4 et 9)
  • Ne pas créer des poches entre 2 tôles ou l’humidité viendra inévitablement faire des dégats. Ceci sans même utiliser la voiture sous la pluie, l’humidité ambiante du garage est suffisante pour s’inflitrer par capilarité entre les 2 tôles.

Figure 8 : exemple de rouile entre 2 tôles

Figure 9 : exemple parfait de superposition des tôles de réparation. il y avait ici plus de 1cm d’enduit pour ratrapper les différences !!

La rouille peut venir d’un coup extérieur mais le plus souvent elle vient de l’intérieur là où la protection est quasi inexistante jusqu’à traverser la tôle, elle est alors appelée ‘perforante’.

Il existe aussi des cas où il est impossible d’accéder derrière la tôle et où il est dangereux de couper comme un paneau de porte ou même une aile. On utilise alors un système qui va permettre de tirer sur la tôle pour éliminer un creux.

Figure 10 : Soudure de points et traction sur la tôle par marteau à inertie

Par exemple, cette porte de Bertone n’avait plus d’arrêt de porte et un coup de vent plus tard, elle est venue buter contre l’aile. Ayant des renforts à l’intérieur, il n’était pas possible de débosseler avec un tas et un marteau. Les points près de l’arrête montrent les endroits où la tôle a été tirée vers l’extérieur pour retrouver le galbe correct.

Figure 11 : résultat de traction sur un panneau de porte

Un autre exemple sur la même voiture, l’aile avant droite était enfoncée

Figure 12 : aile à débosseler (avant)

Après débosselage, voici le résultat avec aussi des traces de soudures camouflées par du mastic.

Figure 13 : aile à débosseler (après)

Le soin apporté pour toutes ces phases de tôlerie, va fortement influencer et faciliter le travail de préparation.

 

Préparation

La préparation consiste à éliminer les dernières imperfections de tôlerie en utilisant le moins de mastic et surfacer/apprêt possible.

La première couche posée est un anti-rouille et seulement après on utilise un surfacer/apprêt pour égaliser la carosserie. Après durcissement de cette couche, on ‘cale’ la carrosserie.

Par poncage avec du gros grain, on utilise soit une ponçeuse orbital soit de longues cales pour obtenir une surface la plus juste possible. Si des bosses apparaisent, il faut les faire rentrer et faire sortir les creux. On applique autant de surfacer/apprêt que nécessaire et c’est ici que l’on peut bénéficer d’une tôlerie bien faite.

Tout au long de la préparation, on utilise un guide de ponçage sous forme de poudre colorée (noir pour les surfaces clairs et orange pour les surfaces foncées). Par ponçage, on analyse les différences de couleur pour connaître les zones critiques.

La photo suivante montre les outils utilisés pour ‘caler’ un capot, la surface est bien blanche et les zones noires montrent les bosses. Revenu à la sous couche noir et il faudra remettre une couche de surfacer/apprêt.

Figure 14 : outils pour ‘caler’ une surface

Dans la photo suivante, les traces noires montrent les creux restants. Le guide noir n’est pas parti.

Figure 15 : analyse de creux indiqués par les traces noires restantes

Juste pour info, ce capot de Bertone est une pièce d’origine Alfa encore avec son étiquette et correctement stoqué. Il était encore bien loin d’être peint sans préparation.

Pour plus de détail, vous pouvez aussi consulter la page suivante :

http://www.duvy.org/4432/preparation-avant-la-peinture/

Une dernière vérification est faite en aspergant la pièce de dégraissant et valider immédiatement la brillance du reflet. Ceci permettra de voir si il reste des défauts sur une grande surface.

Ce principe est notamment utilisé pour le ‘débosselage sans peinture’ (DSP ou en anglais PDR paintless dent repair). En vérifiant le reflet, on repousse la tôle avec de longues tiges courbées pour éléminer des impacts, de grêle par exemple, sans abimer la peinture.

Figure 16 : vérification des reflets avant peinture

Peinture

Au terme de toutes ces étapes, la voiture est prête à peindre. La mise en peinture est la phase finale du processus où toutes les étapes précédentes s’y réflèteront. Une finition médiocre est bien souvent le résultat d’une ou plusieurs négligence en amont.

Pour une voiture moyenne, il faut compter une demi heure de pistolage par couche et un ‘brillant direct’ se met en 2 couches alors qu’un métalisé ou couleur vernie prendra 2 couches de couleurs et 2 couches de vernis.

Le prix des couleurs et vernis se situent actuellement aux alentours de 90E plus le durcisseur et thiner. Pour une peinture extérieure complete, il faut 3L de couleur et 3L pour le vernis. Comptez aussi 2L de plus si le dessous et les intérieurs sont à peindre.

Bien que moins cher, la solution d’une peinture en ‘brillant direct’ donc non vernie ne tient pas dans le temps. Le ton peut varier avec les UV et la couleur a tendance à devenir mat. Le vernis assure plus de profondeur et protége des UV.

De retour de la cabine, ici, la voiture est peinte et vernie complètement.

Figure 17 : vue arrière GTV1750

Figure 18 : vue avant GTV1750

A titre de comparaison, voici la même voiture avant les travaux.

Figure 19 : GTV1750 à l’achat et à restaurer

Finitions

 

Avant de remonter la mécanique et les accessoires, on peut passer par une étape de polissage pour un résultat sans défaut.

Sur la photo suivante on peut voir les étapes d’un polissage :

  • à gauche, l’aile peinte
  • au milieu, un ponçage fin pour éliminer les derniers défauts et éventuellement les traces de poussière dans la peinture
  • la partie droite montre le résultat après polissage appelé ‘miroir’.

Figure 20 : exemple de polissage

On peut maintenant remonter la mécanique et les accessoires et notre liste de pieces nous vient bien à point pour avoir tout sous la main en neuf, nettoyé et/ou réparé.

 

Merci pour votre patience et avoir lu cet page jusqu’au bout

Yvon Duvivier

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